Mon GR10, par fK

Étape 12 : Barèges / Azet

L’étape en chiffres

42,2 km (pour 39,9 annoncés)

2 290 m de dénivelé (pour 2 200 annoncés)

Étape « difficile » (63,1 équivalent-kilomètres prévus)

Départ 07h47, arrivée 18h39

9h43 de marche effective et 1h07 de pause (temps « topo-guide » 15h50, temps prévu 10h31)

Tracé GPS 12

Le journal de l’étape

Les groupes ne sont pas encore là quand je m’installe au petit déjeuner en compagnie du mari du couple de randonneurs qui partage ma chambre. La salle est calme, et le petit déjeuner qui nous est proposé est pantagruélique : yaourts, cake, céréales, il y a de tout. Quand la femme du couple arrive quelques minutes à peine après nous, nous avons déjà liquidé la première panière de pain grillé ! Nous dévorons, et nous nous régalons.

Je pars tôt, car l’étape est la plus longue de toutes à ce jour.
Mais ça démarre mal, car les balises dans Barèges sont peu nombreuses, et la sortie du village et le passage du pont me valent quelques hésitations, puis de rater le sentier. Et dans ce cas, la sanction est souvent la même : une montée pleine pente dans l’herbe sur une dizaine de mètre pour enfin partir sur de bonnes bases.
L’exercice est compliqué par le soleil qui se lève à peine et qui est pleine face, dans mes yeux. Comme quoi les GR ont la réputation d’être balisés tous les 5 mètres, ce qui n’est pas totalement faux, mais qui peut se révéler utile bien plus souvent qu’on ne le pense !

J’arrive rapidement à la station.
Je croise un panneau pour les cyclistes avec pourcentage de pente et distance jusqu’au Tourmalet… Mais autant hier je faisais le malin avec Thierry car je croisais les panneaux de la montée de Luz alors que je descendais, autant ce matin, mon programme est à peu près le même, à défaut d’aller au même endroit : le point culminant de mon parcours m’attend.
Je tombe ensuite nez-à-nez avec un ancien sous-traitant, que je n’ai pas vu depuis plusieurs années ! Nous discutons quelques minutes en cheminant ensemble, le temps de se donner rapidement des nouvelles (et il y en a !), puis il me laisse repartir à mon rythme et garder celui de ses amis.

Une fleurLa montée est longue, mais agréable, jolie, et elle se passe plutôt bien : il fait frais, je suis en forme.
Elle est en plus agrémentée de plein de petits ruisseaux qui coulent de partout. Je passe un replat herbeux qui fait un coin de bivouac de toute beauté. D’ailleurs je vois un groupe en train de démonter les tentes. Ils ont eu bien raison.
Les cirques s’ouvrent de plus en plus, et je profite du paysage malgré le soleil qui est toujours dans mes yeux.
Enfin dans les derniers hectomètres de montée, c’est le retour de gros blocs de pierre qui ralentissent un peu la progression, car il faut réfléchir aux appuis. N’est pas un cabri qui veut.
En guise de récompense, les premiers lacs font leur apparition. Ce sera le thème de la journée, le massif du Néouvielle que je vais traverser en étant bardé. J’hésite à faire une pause auprès de l’un d’eux, mais ne trouvant pas d’endroit parfait et à l’ombre, je décide finalement d’attendre le sommet.

La vallée d'Aygues-Cluses

Le col de Madamète. 2 509 m.
J’atteins mon point culminant en 3h10 et peu après 11 heures. Il y a foule (une dizaine de personnes) mais ils sont tous en train de repartir à droite ou à gauche, donc je peux faire ma pause tranquille et profiter en silence de la vue sur le prochain lac, en contrebas.

Le gourg de Rabas vu du col de Madamète

2 509 m, sommet du périple

La descente est rapide jusqu’au gourg de Rabas, le lac en question, et une fois passé c’est le retour des blocs de pierre. Et de la foule, qui peu à peu grossit, jusqu’aux lacs jumeaux d’Aubert et d’Aumar. Le parking rendant ces deux-là accessibles par la route, avec un chemin à plat, explique cet afflux soudain de touristes qui viennent juste pour le pique-nique et la beauté des paysages.
Car cette étape est vraiment belle, avec des paysages variés, et l’eau omniprésente !

Une vache

Priorité à droite

Après les deux jumeaux, il y a un long morceau à plat sur une courbe de niveau, puis une montée qui permet de dégager la vue sur le lac d’Orédon, et de deviner celui du Cap Long. Et enfin, la grande descente vers le lac de l’Oulhe, où je comptais déjeuner, mais dont les abords sont moins accueillants que je ne le pensais : une grande piste forestière en fait le tour, avec là encore la foule. Et pas le petit coin que j’avais imaginé dans l’herbe, à l’ombre et au calme, et avec la vue sur le lac. Du moins, pas encore.
Au déversoir, je rate une balise et continue le tour, mais plus sur le GR. La punition revient : montée directe dans l’herbe pour rattraper mon parcours. Je m’arrête peu après sous un arbre : la vue est mieux, et même si je suis tout près du sentier, il y a moins de monde du côté où il monte…

Le lac d'OrédonPour la digestion, j’ai le droit de finir la montée, puis à une loooooongue courbe de niveau sur des kilomètres dans l’herbe de la station de ski et au milieu des troupeaux, et avec là encore pas mal de monde. J’ai regardé l’heure au moment de la jonction avec le GR10C pour savoir à quoi m’attendre quand je reviendrai faire cette variante (qui passe aux pieds du Pic du Midi, de Bigorre, cette fois).

Des voitures dans une clôture

Les 4×4 c’est dangereux, il faut les enfermer

Au bout de la courbe, je découvre le pot-aux-roses : un parking immense, rempli de voiture. Je comprends mieux la foule en route et autour du lac. Et dès la dernière voiture passée, je suis à nouveau seul, ou presque.
La descente est roulante au départ, mais en fait, elle ne descend pas beaucoup. Il faut attendre de passer sur une croupe herbeuse pour que le pourcentage devienne intéressant, puis fort. Et pour finir, c’est un sous-bois qui m’attend, avec un sentier qui devient un peu glissant par endroit.
Je suis en bas en 2h30 depuis la jonction, mais cela m’a paru plus long. Dommage aussi car ce n’est pas le tronçon le plus intéressant de la journée, mais c’est celui que je devrai refaire au moment des variantes.

Saint-Lary

L'église de Vielle-Aure

L’église de Vielle-Aure

Vielle-Aure et Bourisp, les deux villages traversés par le GR en bas de la vallée, juste à côté de Saint-Lary, sont très jolis, avec toujours ces petites églises de montagne. Je fais une dernière pause dans le premier, avant de voir passer toute une colonie de vacances, et de tomber sur de grandes banderoles annonçant le Grand Raid des Pyrénées, une course avec trois parcours de 80, 120 et 160 km une dizaine de jours plus tard.
Pour ma part, en guise de bouquet final du jour, j’ai droit à un dernier raidillon de 800 m, qui me prend une heure. Peu avant Azet, le GPS indique une distance de 41,196 km. Me voici donc avec un premier temps de référence sur marathon en… 9h28 ! Au moins, la bonne nouvelle, c’est que je sais que je pourrai facilement faire tomber (on dit exploser, même, dans ce cas) ce record. Je fais une photo que j’envoie à Yann.

Le gîte dans Azet est parfait : une chambre pour 4 rien que pour moi alors que je devais être en dortoir (je prends le lit double !), une salle de bains immense avec une baignoire et un mitigeur (élément de confort indéniable, même si cela peut paraître futile), et dîner sous la tonnelle.
Après le melon et le jambon, je choisis le filet de truite et ses pâtes au chorizo. Je demande si la truite vient de l’élevage bio d’Oô, mais sa provenance est inconnue, on sait juste qu’il est local. Et en rendant mon assiette vide, je demande si je peux avoir un peu plus de pâtes. « Vous en voulez beaucoup ? » me demande la serveuse. Mon visage s’éclaire et je lui réponds un « Oui » enthousiaste. Elle revient avec une assiette pleine d’une montagne de féculents. J’engloutis la montagne. Il devait y avoir 200 à 300 g de pâtes, et je pense à ma mémé italienne dont je tiens la règle de 60 g environ par personne en accompagnement, et 80 g en plat principal. Ajoutez à la règle 100 g pour un gros mangeur, et 300 pour un randonneur qui fait deux voire trois étapes journalières ! Quoi qu’il en soit, il me reste de la place pour la tarte poire et chocolat !

Au moment d’aller dormir, je discute avec la propriétaire. Elle me dit « Alors, demain, quelle destination ? Germ ? ». Je m’offusque presque, intérieurement, qu’elle envisage pour moi une demi-étape normale (en fait le groupe de quatre qui vient de partir annonçait venir au petit déjeuner tard, car ils avaient une petite étape le lendemain… jusqu’à Germ), et je réponds avec un ton malicieux : « Ah non, demain, je vais à Luchon ! ». Je retrouve dans sa réponse le même ton d’incrédulité et d’admiration que celui des filles à Etsaut : « Luchon ?!?!?! Mais vous savez qu’il y a des gens qui font ça en trois jours ? ». Bah y’a aussi un fou qui le fera en un !
Du coup nous discutons quelques instants sur mon parcours. Elle me demande combien de temps je compte mettre le lendemain. Je sais maintenant que la règle des 60% du temps topoguide fonctionne, donc j’annonce 11 heures de marche. Et j’explique que comme je ne suis pas en gîte, mais à domicile, et que ce sera ma dernière étape pour cette première demi-traversée, je peux arriver tard et fatigué, je serai au bout de l’aventure.
Un couple qui a entendu la conversation m’arrête sur mon chemin vers l’escalier et me pose à son tour quelques questions. Ils veulent se rendre compte du parcours, comprendre la vitesse moyenne et la mienne. Nous bavardons quelques minutes avant que je ne les laisse continuer à manger.
Quant à moi, un grand lit double m’attend pour prendre des forces, et digérer quelques pâtes. Des pâtes, des pâtes, oui mais au chorizo (et excellentes).

L’hébergement : Gîte la Bergerie

Je me suis demandé comment un gîte perdu dans un tout petit village situé non pas dans le creux de la vallée mais à flanc de montagne pouvait vivre. La raison est simple : il est top ! Et du coup, en plus des randonneurs du GR, j’y ai trouvé des parapentistes, et des visiteurs d’un soir venus juste pour le dîner dans ce gîte qui fait également auberge locale.

L’accueil est particulièrement chaleureux, et le gîte, meublé et décoré avec soin, semble tout neuf (ou refait récemment). La salle de bains est immense, avec une grande baignoire, et les chambres pleines de lit en bois blanc. Au rez-de-chaussée, outre la petite salle à manger, se trouve un coin télé / lecture / repos. Et devant, des grandes tables de pique-nique sous un auvent dans l’herbe sont l’endroit idéal pour l’apéro et le dîner l’été.
La cuisine était évidemment de qualité, mais surtout le petit déjeuner valait le détour : yaourts de plusieurs sortes, reste du gâteau de la veille, pain en grosses tranches grillé, cake, fruits, compotes, céréales… Je n’ai pas pu goûter à tout !

Dommage qu’il soit à deux vallées de Luchon, sinon, je crois que j’aurais pris une carte d’abonnement.

32,00 € la nuit en demi-pension en dortoir (vu sur le topo-guide).

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