Mon GR10, par fK

Étape 19 : Bassiès / Goulier

L’étape en chiffres

42,9 km (pour 32,2 annoncés…)

1 708 m de dénivelé (pour 1 640 annoncés)

Étape « moyenne » (48,6 équivalent-kilomètres prévus)

Départ 08h31, arrivée 18h18

8h11 de marche effective et 1h36 de pause (temps « topo-guide » 12h40, temps prévu 7h36)

Tracé GPS J19

Attention : j’ai oublié de redémarrer le GPS après l’étang d’Izourt, donc il manque sur le tracé GPS les 10 km de plat puis de descente entre l’étang et Goulier (les chiffres sont en revanche corrigés de l’erreur)

Le journal de l’étape1 étoile

Un premier coureur est arrivé au dortoir vers 23h. Puis deux autres. Puis encore un autre vers 3h du matin. En fait, comme à chaque fois je suis dans un demi-sommeil, j’ai vite perdu le compte. En tout cas, à 6h30, tout ce petit monde a disparu, je suis à nouveau seul. C’est la tête de course, et ils progressent donc à la frontale, ne dormant que le minimum vital…

7h, réveil. Il a plu pas mal dans la nuit, parfois violemment, ce qui fait que j’ai pu l’entendre, et il pleut encore sagement au petit jour. Mais cela va s’arrêter pour mon départ, j’en suis convaincu.
Dans la grande salle à manger, je trouve une étrangère avec qui j’échange quelques mots en anglais. Elle semble trempée, frigorifiée, et me demande quand arrive le petit déjeuner. Bah normalement, pour 7h15, horaire convenu la veille avec la gardienne. Encore que les bols et la panière à pain vides sur la table me laissent craindre que les coureurs de la nuit aient boulotté mon petit déjeuner à moi ! Ceci étant, comme je n’ai pas encore payé, je me dis que forcément la gardienne va se lever, et donc que j’aurai un petit déjeuner fait à l’instant.
Les minutes passent, et toujours personne. Lassée d’attendre, Julia, dossard 89 (qui finira première femme et quatrième au général), se ré-équipe et m’abandonne.

7h47. La gardienne arrive enfin, s’excuse pour son retard. Bah ouais, super, mais moi j’aurais préféré dormir 30 minutes de plus plutôt que de regarder la pluie par la fenêtre, si j’avais su.
Et du coup, je ne pars qu’à 8h30. Je croise mon premier coureur après même pas une minute, puis des tas d’autres après.

Bonjour, bravo et bon courage

Je prononcerai cette phrase des dizaines de fois dans la journée, à chaque fois que je croise un des raiders de la TransPyrénéa. J’ai rapidement renoncé à les compter !

La pluie s’arrête dès que je m’éloigne du refuge. La gardienne me l’avait expliqué la veille, la crête derrière le bâtiment fait frontière entre les climats océanique et continental, et il pleut deux fois plus au refuge qu’au premier des lacs. Tant mieux pour moi.
Tout le début de l’étape est en effet un cheminement le long des étangs. Pas trop caillouteux, par chance, mais humide : flaques et rigoles sont omniprésentes.

Passé le barrage puis le déversoir, changement de pente et de support, c’est la descente dans les cailloux puis en lacets en forêt. Et en bas, on retrouve l’ancien aqueduc (1).
Ah, quel bonheur : à plat sur les larges dalles de béton, je peux lâcher les chevaux. Je ne cours pas, n’ayant ni les chaussures ni le sac adapté, mais c’est vraiment de la marche rapide. Les bornes repères placées tous les cent mètres défilent.
Au bout de l’aqueduc, un panneau routier indique les Toutous, d’en haut et d’en bas. Il ne faut pas toujours chercher à comprendre les noms des villages !

A Marc (2), je croise la route. Tout un tas de camionnettes sont stationnées. Ce sont les véhicules d’assistance personnelle des coureurs. Leurs équipages patientent en attendant l’arrivée de leur protégé(e).
Peu après, j’espérais faire une pause au bar du gîte de Mounicou (3), qui ne sert plus à manger. Las, il est bien trop tôt, il n’y a personne.

Du coup, après ce premier aller en fond de vallée pour pas grand chose, pour ne pas dire pour rien, je me lance pour la montée très raide, puis plus calme, puis le cheminement en balcon dans la forêt de l’autre côté.
Je discute un instant avec Patrice et son dossard 248. Il me dit que le passage est dangereux, me raconte sa chute juste avant la prochaine cabane. OK, merci, c’est noté.
Je continue à monter légèrement, et par les trouées dans les arbres, j’aperçois les cascades en face, la vallée, et tout le chemin parcouru. Mais je ne comprends toujours pas ce que le GR va faire à aller chercher ce fond de vallée pour rien.

En attendant, je fais mes petits calculs. Les TransPyrénéens ont 400 heures TTC pour faire le GR du Perthus à Hendaye. De mon côté, je vais faire le trajet en quelque chose comme 208 heures (26 jours à 8 heures de marche en moyenne), ce qui en laisserait 192 pour les pauses et le dodo. Du coup, je me dis qu’en marchant 12 heures par jour et en me reposant autant, je pouvais prendre part à la course sans souci. Et je me dis aussi qu’il faut vraiment vouloir gagner pour avoir besoin de continuer de nuit à la frontale alors qu’il fait jour de 6h30 à 21h30.

En attendant, la cabane arrive (4). Ah, le moment délicat… que je passe absolument sans aucun souci. La fatigue n’a pas dû aider Patrice.
Peu après arrive le col, la bascule, et c’est parti pour une descente en forêt. Ah, tiens, enfin, une autre féminine. Puis trois coureurs ensemble. Je leur demande si c’est un bus de transport en commun, mais ma blague tombe à plat, ce sont trois étrangers non francophones…

Dans la solitude de la forêt, je me surprends, comme c’est le cas plusieurs fois par jour, à chantonner intérieurement. A ce moment précis, c’est The Wanderer, de Dion, tiré de la bande originale de Chicken Run. Et c’est finalement en compagnie de mes poules en pâte à modeler préférée que je continue mon chemin.

Situation similaire à celle vécue plus tôt, je vois le chemin en face dans une trouée de la forêt. L’arrivée ne sera plus très loin quand je serai là-bas, dans l’après-midi.

Artiès (5). Je suis en un clin d’œil remonté à la centrale électrique. Ce qui me permet de perdre plusieurs minutes à hésiter sur le chemin juste derrière : il n’y a plus de balises, et trop de départ par rapport à la précision du GPS. Mais finalement, c’est ma première intuition qui était la bonne. Un cairn indiquait ce bon choix, mais placé en plein milieu d’un chemin large, ça fait plus tas pour barrer la route que pour l’indiquer !

Et la montée finit à découvert dans ce deuxième fond de vallée. Ne parlez plus du GR, mais du GT, pour Grand Tourisme… J’espère que l’étang au bout sera à la hauteur.
L'étang d'Izourt Je le découvre à 14h30. Mouais… Sympa, mais de là à mériter 14 km d’aller-retour, franchement pas. Le tracé me laissait perplexe pendant la préparation, je le suis encore plus une fois que j’ai parcouru. Je ne vois vraiment pas l’intérêt de nous balader avec ce double aller-retour.
Mais pour l’heure, place au pique-nique. Je finis les derniers restes de mes courses du départ. Je pense que j’ai établi un record de distance pour mon quignon de pain, il faudra que je le mentionne à la boulangerie, à Luchon !

Mes pieds dans les chaussures trempées

Ça fait peur, mais ça n’a pas posé de souci au final

J’en profite aussi pour sortir mes pieds à l’air. Ils en ont bien besoin, car la matinée passée dans les chaussures presque tout aussi trempées que la veille (elles n’ont pas séché outre mesure dans le sas au refuge) ne les a pas épargnés.
A côté de moi, un papa et son fils ont fini d’installer leur tente et s’attellent à préparer leurs cannes à pêche.

Paradoxe au moment de repartir : je sors la casquette, mais également la doudoune !
Et je repars en légère montée, puis à nouveau à flanc, pour remonter toute la vallée. C’est long, très long, très très long… Et je n’ai plus croisé de coureur depuis un bail. Le chemin se rétrécit, les herbes ont gagné sur lui. A mon avis, je suis le seul à jouer le jeu du GR jusqu’au bout et à être allé à l’étang au lieu de prendre la variante directe qui coupe la fin de cet aller / retour en fond de vallée.

Enfin, un coureur. Il me demande si j’en ai vu d’autres sur cette partie, soupçonnant lui aussi qu’ils ont tous pris la variante qui leur était autorisée. Du coup, il fait demi-tour pour aller la prendre lui aussi. Nous discutons un peu. Son moral me paraît plutôt bas : il explique que s’inscrire était une ânerie, qu’il faut être fou pour faire ce truc.
Je l’abandonne en haut de la descente directe (7) et continue à flancs. Et d’un coup, je croise à nouveau moult autres « randonneurs à dossard« , espèce décidément très présente aujourd’hui.

Aïe. Ça pique à droite dans la chaussure. Une abeille bien aventureuse vient de se retrouver coincée entre mon pied et la languette. Sa curiosité lui a malheureusement coûté la vie, je ne libère qu’un cadavre.
Je repars, tout en ayant l’impression d’être un dahu qui n’avance pas dans cette vallée qui n’en finit pas.

17h30. Le GPS rend l’âme. N’ayant pas eu la possibilité de le recharger hier, sa batterie n’a pas pu tenir deux jours. Je finirai avec les seules balises, mais ce n’est vraiment pas un souci. C’est dommage en revanche pour mes stats à l’arrivée !

Le panneau de la TransPyrénéa à Goulier

Plus que 221 km pour le Perthus !

J’entends sonner 18h au clocher du village que je devine à quelques encâblures entre les arbres et sous un soleil radieux enfin retrouvé. Et à 18h18, me voici devant les banderoles du Check Point n°7 de la course, qui pour moi n’est que le gîte d’étape du soir.
Cuissard de courses, bâtons, petit sac à dos : j’ai la tenue des coureurs, et malgré mon absence de dossard, tout le monde me prend pour tel. Je dois donc expliquer aux bénévoles que non, je ne vais pas aller me faire pointer, je dis à la photographe que ce n’est pas la peine de me tirer le portrait, et j’ai un mal fou à expliquer à la gérante que j’ai réservé normalement une nuit pour un GRdiste lambda… Ce qui deviendra un fil rouge et une blague avec cette dernière pour le reste de la soirée, et qui détendra l’atmosphère que l’effervescence de la course rendait compliquée (en témoigne le : « Bon, les sacs, les chaussures, rien à l’intérieur, tout dans la cabane dans le jardin » un peu sec comme phrase de bienvenue).
Car avec l’afflux, tout le monde est débordé, l’organisation du gîte chamboulée. Mais au final, l’accueil sera bon et la soirée intéressante, bien que particulière.

Je gère les priorités : d’abord un coca en terrasse, puis la douche. Je me découvre des boutons roses sur les épaules, là où appuient les bretelles du sac. Les pieds vont bien, en revanche, aucune ampoule et aucun problème à signaler malgré la journée dans l’humidité. Je me félicite de la qualité du matériel, en l’occurrence les chaussettes techniques et les très bonnes chaussures.
Ensuite la lessive, et je suis paré pour la pinte en terrasse, puis le repas.
Nous sommes logés à la même enseigne que les coureurs : gros buffet d’entrée avec salade de riz, de lentilles, macédoine de légume (si j’avais su, j’en aurais pris deux grosses assiettes et pas une seule), pâtes carbonara et salade, et fruit au choix.

Nous discutons à cinq : un couple qui vient en balade, et deux autres GRdiste, un dans chaque sens, mais notre attention est surtout retenue par le ballet des coureurs qui vont et qui viennent. Heureusement, je croise la course, donc ce phénomène n’est que pour une soirée.
Et puis finalement, vu que l’étape était sans intérêt, au moins la course me l’aura animée !

L’hébergement : Gîte d’étape le Relais d’Endron2 étoiles

Il faudrait le voir dans sa configuration normale avec la salle à manger façon restaurant et le service à l’assiette, plutôt qu’en mode « moulin à coureurs ».
Mais c’est un gîte de bonne facture : le dortoir est en deux parties et les lits confortables, bien qu’ils grincent dès qu’on y bouge, la cuisine était plutôt bonne, et l’accueil, une fois la glace brisée, tout à fait sympathique.

43,70 € : 43 € la nuit en demi-pension + 0,70 € de taxe de séjour + 8 € de pique-nique (vu sur le topo-guide).

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