Mon GR10, par fK

Étape 24 : Py / Refuge de Batère

L’étape en chiffres

41,4 km (pour 39,9 annoncés)

2 224 m de dénivelé (pour 2 260 annoncés)

Étape « difficile » (62,5 équivalent-kilomètres prévus)

Départ 07h29, arrivée 18h26

9h34 de marche effective et 1h23 de pause (temps « topo-guide » 14h50, temps prévu 8h54)

Tracé GPS J24

Le journal de l’étape2 étoiles

Quand j’ouvre un œil à 5h, je me dis que c’est chouette, il me reste encore 1h30 de sommeil. Oubliant qu’en montagne, rien ne se passe jamais comme prévu. Car à 5h45, le réveil de mes trois voisins sonne. Ils se lèvent, se mettent à chuchoter… et à trifouiller dans leurs sacs.
A 6h30, quand mon réveil sonne, ils sont toujours en train de trifouiller. Je jette mes affaires, mon sac à viande dans mon sac, remets en place le matelas, et même pas 5 minutes plus tard, je suis en bas dans la cuisine où j’arrange mon sac avec le reste de mes affaires (j’avais prévu le coup, pensant être le premier à partir, donc pour ne pas déranger). En moins de 20 minutes, je suis au restaurant, en avance pour le petit-déjeuner de 7h.
Dans le gîte, ça trifouille toujours. Je crois que même chez soi, on mettrait moins de temps à vider tout un placard, replier tous les habits et les remettre. Mais qu’ont-ils bien pu faire pendant une heure et demi à trifouiller, avant d’aller au petit-déjeuner à 7h15 ?
Je ne saurai jamais, mais à 7h30, comme prévu, je pars pour ma longue route du jour.

Ça démarre en faux-plat, à mi-pente, pour sortir de la vallée. Le soleil éclaire le village du fond de celle-ci, mais pour ma part je suis au frais, je suis bien. Et je passe le col de Jou (1) en 1h00 pile : j’aime bien les comptes ronds !
Changement de décor, avec une montée plus prononcée sur une piste. Mais ça tombe bien, le matin à la fraîche, c’est toujours mieux pour les montées. Il me faut 1h30 pour reprendre un autre solitaire vu au gîte qui, malgré son gros sac, n’a mis que 2h pour faire le même chemin. Dans l’autre sens en revanche, je croise pas mal de monde, ce qui est inhabituel. Mais ça non plus, je ne sais pas pourquoi.

En haut de la piste, on rattrape un canal d’irrigation. Me revoici à Madère le long des levadas ! Séance mi-bonheur mi-nostalgie où je repense à ce voyage et à mes anciens collègues avec qui je fais une semaine de rando chaque année.

Le canal d'irrigation Un panneau à l'abri de Mariailles

Au refuge de Marialles (2), d’un coup, je vois pas mal de traileurs. En revanche, c’est la pause pour le gardien qui profite de la terrasse en ayant accroché un panneau « fermé ». Tant pis pour moi qui comptais faire la même chose, je me contente de profiter de la vue depuis une sorte de falaise, avant d’aller faire une pause fontaine / barre quelques mètres plus loin.
Avant que je ne reparte, un papi me dépasse en mode trail (tenue et démarche). Il me faut une demi-heure pour revenir sur lui à la faveur d’une barrière à ouvrir, mais c’est pour mieux nous faire tous deux doubler par un autre venu de l’arrière. Décidément, le tour du Canigou (et / ou son ascension), c’est LE spot de trail du coin !

Car c’est en effet le thème de la journée : le long, sinueux, tortueux, caillouteux chemin autour de la montagne sacrée local. Quoique je sois un peu déçu quand même, car si ce n’est pas au pied de la montagne qu’on la voit le mieux, c’est encore moins sur ses flancs. Il faut se contenter de la vue sur les vallées. Et de la végétation qui a changé, pour devenir plus méditerranéenne. Même l’odeur s’est mis au diapason : cela sent l’arrivée.

Avant le col de Ségalès (3), le GR délaisse le chemin qui part à droite vers le sommet. Et d’un coup, il n’y a plus personne à doubler ou croiser.
J’ai 5 minutes d’avance sur mon horaire prévu au col, je peux profiter d’une pause et de la vue sans aucun problème.

La vue après le col de SégalèsD’autant que la vue sur le côté se dégage un peu des arbres et s’améliore. Cependant, le chemin qui tournicote sans cesse fait que la vue ne change que très lentement, car si les distances parcourues sont longues, à vol d’oiseau, c’est un jet de pierre. En parlant de pierre, après un passage dans l’herbe, voici des éboulis. La progression devient ralentie, mais surtout, la chaleur se fait pesante. Ce passage est moins agréable.
Heureusement, on rattrape une piste. Un panneau indique encore 1 km pour Bonne-Aigue, ce que je trouve étonnant et long. Mais si mes calculs sont bons, je suis désormais à moins de 100 km de la plage de Banyuls…

En attendant, je profite d’un instant de couverture réseau pour réserver mon toit du soir. C’est bon, une place m’attendra.
Et me voici au refuge de Bonne-Aigue (4), avec 17 minutes de trop sur ce tronçon… Je commence vraiment à douter des indications du guide et des panneaux dans les Pyrénées Orientales, tant les variations sont fortes avec mon rythme, jusque là presque métronomique.
Je fais une pause au refuge et à sa fontaine pour finir mon pique-nique, dérangé par un espagnol, avec sa copine, qui ne trouve rien de mieux que de hurler des âneries que je ne comprends pas, mais qui n’ont pas l’air d’avoir grand intérêt.

La vue au refuge de Bonne-AigueJe redémarre avec une très classique montée en forêt, mais dont je suis content. Car dès que le sentier sort à découvert, la chaleur se rappelle à moi, accentuée par l’absence totale de vent. Mais la chaleur est accompagnée de la vue, également.
Changement de vallon, je vais pouvoir voir la mer… ou pas. Timide et pudique, elle est cachée par quelques petits nuages côtiers. Donc autant dire que ce n’est pas aujourd’hui que je vérifierai la légende au juste de la Bonne Mère, ne voyant déjà pas la belle mer.

Le panneau indiquant le Canigou

Passage au col sur les flancs du Pic Joffre, toujours suivi par l’espagnol qui gueule de temps à autre. Et voici le chemin qui redescend du sommet, et qui se trouve être le côté facile, donc je retrouve une foule de touristes à l’équipement très variable.
Mais toujours pas la mer. Patience, petit scarabée, patience.

Je dévale à l’immense refuge des Cortalets (5), pris d’assaut, où je m’attable pour ma dernière pause au-dessus de 2 000 m. Même l’altimètre commence à voir l’arrivée. Je célèbre ça avec un coca, du chocolat puis un panaché en terrasse avec vue sur la plaine et les nuages qui cachent la mer, en écoutant le guide d’un groupe de retraités leur expliquer que l’hélico monte une fois par semaine récupérer quelqu’un qui a fait l’ascension et qui n’arrive plus à redescendre (pour cause de fatigue, le chemin ne présentant aucune difficulté).
La descente qui suit est sur une piste de la taille d’une autoroute, avec vue dégagée. Un belge monte en 4×4, je soupire. Mais il n’est que le premier d’une série de cinq voitures qui passeront dans les deux sens. Une autoroute pour le Canigou, c’est bien ça…

La fin d’étape est classique après le Ras del Prat-Cabrera (6) : un long aller / retour pour récupérer une bascule en fin de vallée, puis une descente / montée en forêt, partiellement en lacets, jusqu’à la maison forestière de l’estanyol (7) puis au col de la Crère (8).
A la dernière descente, je me crois sur Mars, car au milieu de la terre et des pierres ocres.
Et me voici au gîte de Batère, au milieu de nulle part, en pleine pente, entouré par des bâtiments en ruine des anciennes mines, mais avec une vue plein sud vraiment top !
Il est 18h30, j’ai marché 9h30, et fait 1h30 de pause. Je crois que je n’en ai jamais fait autant, mais c’est sans doute l’effet panaché en terrasse. Et à cause des longs aplats dans les cailloux, j’ai mis 40 min de plus que prévu, mais j’arrive moins fatigué et surtout moins énervé que la veille.
Ceci étant, le repas étant à 19h00 pétantes, je m’active pour la douche. Et j’ai quand même le temps de prendre une bière avant, en notant mes impressions sur le téléphone. A côté de moi, une randonneuse fait de même… avec un stylo et sur un grand carnet. A chacun sa méthode, plus ou moins lourde dans le sac, mais le besoin de souvenir et de partage reste le même.
Le repas est plié en 75 min avant que le patron ne dise aux 5 convives qu’ils veulent fermer. Mais il est excellent (et les autres avaient entendu parler de l’endroit pour la cuisine), ce qui fait que tout le monde reprend de tout, et que je n’ai pas à finir tous les plats : salade de pommes de terre et de tzatzíki, ravioles au jambon de pays et aux courgettes, gâteau et brousse au coulis de fruit, café.

Et je suis couché à 21h05, avant le soleil ! C’est probablement mon record de l’épreuve également, mais je m’endors sans aucun problème : vive la rando.

L’hébergement : Gîte-Refuge de Batère

2 étoiles

Un endroit improbable, perdu au milieu de nulle part, mais où l’accueil est à la hauteur de la vue sur les sommets. C’est tenu par un couple de vieux trentenaires (ou jeunes quadra ?) : Madame cuisine merveilleusement, et Monsieur bricole, fait de la ferronnerie, dont une table d’orientation tout à fait singulière, et de la sculpture… entre autres activités, visiblement.

Le bâtiment devait servir pour les logements des mineurs, et il est entouré d’autres abandonnés, et les chambres sont blanches et très simples (sauf celle pour couple annoncée avec de la décoration et le lit fait !), mais la salle de séjour est agréable, comme la terrasse.

44 € la demi-pension en chambre + 9 € de panier pique-nique (vu sur le topo-guide).

 Le siège d'orientation devant le refuge de Batère

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